rabota
Petit à petit, je parviens à mieux cerner mon boulot ici et deviens de plus en plus efficace dans l'écriture de notes/rapports destinés à "alimenter la réflexion stratégique à Bruxelles" (sic). Plus j'en écris (j'arrive presque au quota de 2 par jour) plus je doute de l'efficacité de tout cela. D'un côté, les rapports sont ostensiblement critiques sur les restrictions apportées aux droits de l'homme. Le moindre écart concernant la liberté religieuse, de la presse, d'association est scrupuleusement noté et dénoncé. D'un autre côté, les programmes de développement suivent leur cours sans être trop influencés par tout cela. Si l'on ajoute à cet éclatement des positions, les stratégies des Etats-membres qui s'accrochent à leur sacrosaint "intérêt stratégique", on obtient un résultat des plus confus, dispersé et des moins lisibles. Jusqu'à provoquer des questions comme celles qui proviennent de l'appareil présidentiel: "les Etats-Unis font-ils partie de l'Union Européenne?".
Parallèlement au boulot à la délégation, je réalise quelques entretiens avec les bailleurs représentés ici, quelques ONG et diplomates. Il y a quelques jours, une rencontre avec un responsable de l'OSCE m'a fait de manière plutôt inattendue une très bonne impression. Il connaissait vraiment la région pour y travailler depuis maintenant près de 4 ans et parvenait à avoir un discours étonnamment critique et distancé sur les évolutions du pays, sa propre action et la confusion des politiques poursuivies par les acteurs internationaux. Je dois avouer que ça m'a plutôt reboosté pour les semaines qui me restent ici.
Etudier l'efficacité de l'aide internationale au Kirghizstan, le développement des ONG et la politique des bailleurs semble être un sujet des plus à la mode ici. J'ai rencontré plusieurs doctorants qui s'intéressaient à la question; ce qui n'a pas été sans me faire initialement flipper quant aux ouvertures que me laissent mon sujet de thèse. Je maintiens néanmoins que le terme même de "société civile" n'est quasiment jamais abordée par toutes les études que j'ai pu consulter. Alors oui, bien sûr, on dit que les ONG se développent, que les organisations de société civile prolifèrent et que l'activisme civique est en pleine croissance. Mais rien sur ce que ça veut dire que de dire cela. Rien sur ce que dire que "la société civile se développe" veut dire. On dirait une sorte de point aveugle dont l'opacité arrange tout le monde. "Si on se met à débattre du sens de la société civile, on n'est pas prêt d'agir".
Le chef de délégation vient de me demander pour le 4eme fois jusqu'à quand je restais ici. Je pourrais me dire qu'il y a comme un manque de communication dans les bureaux. Pourtant, je n'arrive pas à lui en vouloir. Est-ce encore l'effet écrevisses? Le fait qu'il est la seule personne au monde que je connais à employer le verbe "to skyrocket"? Qu'il m'épate avec ses chemises griffées à ses initiales (sauf celle de la même couleur que son parasol, faut quand même pas exagérer)?
Un collègue vient de passer. Me voyant dans un nouveau bureau, il me lâche un "tu as des super conditions de boulot. Nouveau bureau tous les matins!" – Bon, alors là tu te dis que c'est pas grave de pas être drôle qu'il fait de son mieux et que tout cela n'est qu'affaire d'habitude. Mais le bougre, il enchaîne: "j'aimerais avoir les mêmes conditions de boulot que toi. Vraiment." – Alors, là, quand même faut pas exagérer. Je sais, vous vous dites que c'est surtout une plaisanterie. Rien de sérieux ici. Ouais. N'empêche. C'est bien la première fois que je vois un gars envier la position de stagiaire. Je lui réponds que pas de problème pour échanger. Que perso, pas d'objection à cela. Et puis je me reprends. Non, en fait non. Il a raison. Je préfère le rôle du doctorant chiant qui va se faire un plaisir de critiquer tout cela. Le gaspillage de blé, la bureaucratie omniprésente, les incohérences de l'administration et l'opacité des stratégies. On me dit c'est simple pour moi de ne pas se mouiller en restant extérieur. Oui. Sans doute.
N'empêche.
Je préfère.
Parallèlement au boulot à la délégation, je réalise quelques entretiens avec les bailleurs représentés ici, quelques ONG et diplomates. Il y a quelques jours, une rencontre avec un responsable de l'OSCE m'a fait de manière plutôt inattendue une très bonne impression. Il connaissait vraiment la région pour y travailler depuis maintenant près de 4 ans et parvenait à avoir un discours étonnamment critique et distancé sur les évolutions du pays, sa propre action et la confusion des politiques poursuivies par les acteurs internationaux. Je dois avouer que ça m'a plutôt reboosté pour les semaines qui me restent ici.
Etudier l'efficacité de l'aide internationale au Kirghizstan, le développement des ONG et la politique des bailleurs semble être un sujet des plus à la mode ici. J'ai rencontré plusieurs doctorants qui s'intéressaient à la question; ce qui n'a pas été sans me faire initialement flipper quant aux ouvertures que me laissent mon sujet de thèse. Je maintiens néanmoins que le terme même de "société civile" n'est quasiment jamais abordée par toutes les études que j'ai pu consulter. Alors oui, bien sûr, on dit que les ONG se développent, que les organisations de société civile prolifèrent et que l'activisme civique est en pleine croissance. Mais rien sur ce que ça veut dire que de dire cela. Rien sur ce que dire que "la société civile se développe" veut dire. On dirait une sorte de point aveugle dont l'opacité arrange tout le monde. "Si on se met à débattre du sens de la société civile, on n'est pas prêt d'agir".
Le chef de délégation vient de me demander pour le 4eme fois jusqu'à quand je restais ici. Je pourrais me dire qu'il y a comme un manque de communication dans les bureaux. Pourtant, je n'arrive pas à lui en vouloir. Est-ce encore l'effet écrevisses? Le fait qu'il est la seule personne au monde que je connais à employer le verbe "to skyrocket"? Qu'il m'épate avec ses chemises griffées à ses initiales (sauf celle de la même couleur que son parasol, faut quand même pas exagérer)?
Un collègue vient de passer. Me voyant dans un nouveau bureau, il me lâche un "tu as des super conditions de boulot. Nouveau bureau tous les matins!" – Bon, alors là tu te dis que c'est pas grave de pas être drôle qu'il fait de son mieux et que tout cela n'est qu'affaire d'habitude. Mais le bougre, il enchaîne: "j'aimerais avoir les mêmes conditions de boulot que toi. Vraiment." – Alors, là, quand même faut pas exagérer. Je sais, vous vous dites que c'est surtout une plaisanterie. Rien de sérieux ici. Ouais. N'empêche. C'est bien la première fois que je vois un gars envier la position de stagiaire. Je lui réponds que pas de problème pour échanger. Que perso, pas d'objection à cela. Et puis je me reprends. Non, en fait non. Il a raison. Je préfère le rôle du doctorant chiant qui va se faire un plaisir de critiquer tout cela. Le gaspillage de blé, la bureaucratie omniprésente, les incohérences de l'administration et l'opacité des stratégies. On me dit c'est simple pour moi de ne pas se mouiller en restant extérieur. Oui. Sans doute.
N'empêche.
Je préfère.

0 Comments:
Enregistrer un commentaire
<< Home