28 octobre 2007

Myint Wai, déserteur militant


Myint Wai n'a plus porté l'uniforme de l'armée birmane depuis maintenant 19 ans. Il se considère toutefois toujours comme un soldat loyal de l'armée birmane. Pas du Myanmar. Attention, les mots ont ici de l'importance.

Myint Wai cite constamment le Général Aung San, père de l'indépendance de la Birmanie et père d'Aung San Suu Kyi qui alterne depuis près de 20 ans, séjours en résidence surveillée et en prison. "A partir du peuple, par le peuple et pour le peuple" martèle Myint Wai: l'armée doit être au service de la population et non l'inverse.
Myint Wai est aujourd'hui vice-président du Thai Action Committee for Democracy in Burma (TACDB), une ONG qui travaille à la fois pour l'intégration des réfugiés birmans en Thaïlande et l'émergence d'un système démocratique en Birmanie. L'organisation semble agir sur tous les fronts: médiatique, éducatif, humanitaire, ethnique...

L'exil de Myint Wai commence en août 1988 lorsqu'il s'oppose aux ordres donnés à l'armée et fournit un abri aux dissidents. Rapidement, son action dérange les généraux qui entendent retrouver tous les militants des manifestations de 1988. Myint Wai apprend alors que les renseignements militaires s'intéressent de plus en plus à lui. Il décide à ce moment de partir et de gagner la Thaïlande. En octobre de la même année, il embarque à bord d'un petit bateau avec neuf autres déserteurs et traverse le Golfe du Bengale jusqu'à Ranong, au Sud de la Thaïlande. Une fois arrivé, avec ses compagnons d'infortune, il prépare déjà son voyage de retour: "à notre arrivée, notre but n'était pas de demander l'asile politique mais de nous préparer à retourner en Birmanie".
Il a cependant été contraint de rester sur le sol thaïlandais depuis cette date. Depuis 19 ans, il lutte désormais pour renouveler son titre de réfugié. Pour autant, Myint Wai ne s'est jamais considéré comme un clandestin. "Je suis un être humain. Je devrais être capable de choisir où je vis et où je vais au moment où je le veux. Je ne suis pas un criminel. J'ai quitté mon pays pour fuir l'injustice et la persécution".

Quand il s'agit du pouvoir thaïlandais, Myint Wai semble partagé. Il remercie sa terre d'accueil et se hôtes mais s'attriste également de la signature de contrats énergétiques de plus en plus importants entre Bangkok et la junte. Il comprend que l'afflux de travailleurs migrants, de réfugiés, de travailleurs clandestins constituent une question très délicate pour les autorités thaï. L'une des priorités d'action du TACDB est le problème que posent les contrats énergétiques signés par la Birmanie et ses voisins. L'ONG publie et diffuse un certain nombre de reportages à destination de la population thaï, souvent suspicieuse à l'égard de leurs voisins birmans et peu au courant des négociations entre Bangkok et Rangoun. A l'approche des élections en Thaïlande, ce travail prend une actualité toute particulière: "A la différence de la Birmanie, le gouvernement thaïlandais tire son pouvoir du peuple. Si le peuple thaïlandais sait ce qu'il se passe, il va pousser au changement".

Depuis la répression brutable des manifestations de septembre, la sympathie entre le peuple thaï et les Birmans s'est renforcée. Myint Wai sait bien pourtant que le changement n'est pas pour demain. Il sait aussi que tout changement doit venir des Birmans eux-mêmes, exilés et de l'intérieur. De l'aveu de celui qui ne s'est jamais défini autrement que comme un patriote, amener la Birmanie à la démocratie n'est pas une mission aisée. C'est pourtant la sienne et celle de tous ces Birmans en exil qui ne rêve que d'une chose: avoir la chance de vivre chez eux.